Journée d’étude « Perspectives interdisciplinaires sur l’histoire de l’idée d’incertitude », MSHS Sud-Est, 14 novembre 2016

Christian Delacroix, Universite Paris-Est Marne-la-Vallee et Institut d'Histoire du Temps Présent, « L’idée d’incertitude en histoire : entre invariance et retournement épistémologique »

Résumé :

En histoire l’idée d’incertitude a revêtu bien des figures, tant dans le domaine méthodologique, avec par exemple la définition des sources historiques comme traces, qu’épistémologique avec notamment la grande question de la causalité ou même ontologique avec l’extension infinie du « territoire de l’historien ». Pour autant, plus qu’une notion opératoire peut-être, elle est longtemps restée comme un invariant, une sorte de garde fou épistémologique (un « résidu » selon le terme adopté par Marc Bloch) de la connaissance historique. La question de l’historicisation de l’idée d’incertitude dans la discipline historique tient à la place qui lui est assignée dans l’épistémologie des historiens, toujours en tension avec le désir de scientificité et de vérité qui a structuré pendant longtemps le disciplinarisation et la professionnalisation de l’histoire. Où place-t-on le curseur entre incertitude et vérité pour la connaissance historique pourrait être la question rectrice pour périodiser la place de l’idée d’incertitude en histoire et distinguer grossièrement après une phase à dominante scientiste liée à la professionnalisation de la discipline historique (XIXe-premier XXe), une phase de doutes sur les capacités de l’histoire à dire le vrai qui s’affirme nettement à partir de la fin des années 1970 et qui pourrait commodément être caractérisée comme le grand retournement de l’incertitude en histoire qui, de limitation gênante à réduire le plus possible, devient un principe opératoire pour défataliser l’histoire. Il faudra pourtant interroger cette périodisation à la hache, plus ou moins calquée sur les évolutions générales des sciences marquées en particulier  par la montée en puissances des approches probabilistes et indéterministes et plus ou moins directement rapportée à ce qui est perçue majoritairement comme la montée de l’incertitude dans le monde historique lui-même ; il s’agira pour cela de prendre en compte un autre niveau d’analyse qui ajoute encore au poids de l’incertitude en histoire, la dimension morale et politique autour de la question de la fonction sociale de l’histoire.




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